DANIEL ROTHBART OU LE PARADIGME DU SACRÉ

Avec ses essais mais aussi dans ses performances et ses œuvres d'art, Daniel Rothbart crée une nouvelle syntaxe où le concept quitte l'autoréférence de "l'art pour l'art" pour devenir un moteur culturel capable de faire émerger de nouvelles potentialités et fonctions pour l'art : le mythe devient chez lui une utopie qui redonne vigueur et fondement au "sacré", pour le considérer comme un dépôt interactif formalisant des codes et les chemins des contextes culturels.

Chez Rothbart, la kabbale est le fondement central de sa symbolique artistique qui apparaît finalment comme un mythologie idéologique d'une infrastructure autonome, point de résolution d'une matrice historique qui a accompagné la formation d'un nouvel art en Amérique.

On voit apparaître dans son œuvre une mémoire irrationnelle et irréelle, liée aux mythes, que l'on peut voir comme une sédimentation historique de la connaissance et du vécu, liée à l'irréversibilité du développement scientifique en ce qui concerne la croissance effrénée de l'information, de la communication et des clonages génétiques et mentaux.

"Semiotic Street Situations", terme inventé par Rothbart, devient la scene où se déroulent les échanges symboliques d'événements sociaux et culturels, l'endroit où s'accumulent les valeurs significantes des comportements collectifs dans leurs aspirations émotionelles et spirituelles.

La rue devient l'endroit où se sédimentent les signes du vécu et où se multiplient les expériences des relations et des rapports sociaux entre les individus.

Rothbart, développant toujours davantage les relations entre les choses et les individus comme fondement de l'expérience humaine, intervient sur les mythes du cinéma et de l'art, en tant que personnages qui animent le spectacle de la vie et de la culture. Ils deviennent dans l'imaginaire social des éléments opératifs et emblématiques capables de créer un domaine sémiotique articulé sur des identités culturelles et comportementales.

La mémoire, dans l'œuvre de cet artiste, n'est pas un repli sur des préoccupations intimes mais un travail sur la mémoire du réel, un désir de plonger dans ce que la réalité apporte comme sédiment d'identité et de culture. L'art pour lui ne se résume pas à un statut ou une formule mais a le caractère opérationnel d'une pratique qui se substitue à la représentation et à la simple appropriation de la réalité et de la nature. L'art est la réalité et la réalité se présente comme une contradiction partagée. C'est pourquoi j'ai voulu inscrire l'œuvre de Rothbart dans un mouvement que j'ai appelé en 1993 "Utopie du possible" et que s'est aussi développé en Europe. Je le nomme aujourd'hui "Possibilisme".

L'art du possibilisme est un art en constant devenir qui se présent comme un moyen de refléter la réalité mais aussi les connaissances d'un "tout" (ce peut être la quotidienneté et la normalité) dans la pratique de l'artiste. Ceux qui correspondent à cette ligne ne prennent pas leur inspiration directement dans la réel, ils manipulent les connaissances comme les perceptions en leur donnant un lieu, un context constamment renouvelé : celui de la possibilité de l'art. La caractéristique de cette thématique est de proposer un correction, une possible évolution des concepts de réalité et de nature comme resources d'efficacité et de production pour l'art. Bien qu'engagé dans une recherche continue et obsessive pour activer les possibilités de la connaissance, Daniel Rothbart, en substituant totalment l'art à la réalité, se trouve dans son travail, au cœur de cette problématique du possibilisme.

 

Pedrini, Enrico, "Daniel Rothbart ou le paradigme du sacré", Art Jonction, Nice, Septembre/Octobre 2004, No. 47, p. 9.